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  • Photo du rédacteurJacques Dieudonné

Croix

La croix, instrument de torture ?

Créer une croix pour une église est un vrai défi, non seulement technique mais d’abord symbolique. Lorsque je suis amené à devoir dire avec de la matière le mystère du Christ ressuscité, le défi est encore plus énorme car la croix en tant que telle, n’est pas un joyau . . .  Elle est « seulement » un instrument de torture ! . . . Et je me refuse à réaliser de ces croix où un corps mort trône tout là haut dans sa solitude. On ne peut s’arrêter à la mort de Jésus…  Rien n’est moins chrétien. (1Co 14-17)

La croix du Christ est la résultante du refus d’amour de la part des hommes, de notre refus au quotidien de l’Amour ! La croix chrétienne doit être manifestation de l’Amour du Christ pour les hommes, tous les hommes, car ce n’est pas la croix qui nous sauve mais bien l’Amour du Christ Donné jusqu’à la mort sur une croix, c’est l’Amour infini du Père qui ressuscite le Christ ! Qui nous ressuscite !

Si parfois, je place un corps sur la croix, cette dimension de résurrection doit toujours rester première, visible au premier regard d’une manière ou d’une autre. Une croix de Gloire, la gloire du Xt ressuscité!  J.D.


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Une croix pour un espace de réconciliation Revue Confluences n° 97 / Lyon 1998.


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Par le Père Robert Beauvery +

     Pour la deuxième fois, Jacques DIEUDONNÉ était de la Biennale d’Art Sacré contemporain, en l’église restaurée de la  Sainte Famille, à Villeurbanne, du 1er mai au ler juin 1998.

Parmi les oeuvres exposées. il en est une, une petite croix sur pied, en bronze coulé à la cire perdue, sur base en laiton, d’une hauteur de 27,5 cm et d’une envergure de 10.5 cm, qui a retenu spontanément mon attention. Elle est la réplique miniature de la grande croix glorieuse, également présentée à l’Exposition et au sujet de laquelle, l’artiste écrit :

“Conçue pour être en suspension dans le ciel du choeur, “aérienne”, à la fois calice duquel sort la croix, passage vers la vie, avec sa mandorle signe de gloire (verso) et aussi, bras ouverts, invitation à l’accueil, à l’offrande. Les bras relient accueil et eucharistie”.  Cf. catalogue Basc 2, “Confluences” hors série, mai 1998, p.32.

Pourquoi mon attention s’est-elle spontanément portée sur cette petite croix ?

Peut-être parce que, insatisfait par les modèles traditionnels de crucifix qui sont passés trop rapidement des anciens confessionnaux dans les nouveaux espaces de réconciliation, mon esprit cherchait, depuis des mois, un modèle plus expressif du Mystère pascal, source de tout sacrement et, en l’occurrence, du sacrement de réconciliation.

Un modèle plus apte à donner de la Parole sacramentelle, « un écho dans la matière, dans la sensorialité pure de la couleur, des formes…” afin qu’en regardant la croix, le confesseur, et le pénitent, frères en humanité et dans la Foi, entendent mieux les mots dits et écoutés, et en particulier, les plus sublimes:

QUE DIEU NOTRE PERE  TE  MONTRE  SA MISERICORDE

PAR  LA  MORT  ET  LA  RÉSURRECTION  DE  SON  FILS

IL  A  RECONCILIÉ  LE  MONDE  AVEC  LUI

ET  IL  A  ENVOYÉ  L’ESPRIT  SAINT  POUR  LA  REMISSION DES PÉCHÉS

PAR  LE  MYSTERE  DE  L’ÉGLISE

QU’IL  TE  DONNE  LE  PARDON ET  LA  PAIX.

 En voyant le modèle de Jacques Dieudonné, j’ai entendu comme une voix intérieure, privée de son, qui me disait: “c’est celui-là” tant j’avais envie qu’elle me le dise.

Ressemblerais-je au marchand en recherche de perles fines dont les yeux tombèrent tout d’un coup sur celle qu’il cherchait ? Cf. Matthieu 13, 45-46.

 A la verticale du pied, une tige porteuse, cylindrique et fine, deux fois plus haute que la croix proprement dite – et quoique posée, celle-ci n’en demeure pas moins « aérienne” que sa soeur, la Croix-glorieuse commentée par l’artiste ci-dessus et peut générer le souvenir de la Parole évangélique:

“Il faut que soit élevé le fils de l’homme … et moi, élevé  de terre   j’attirerai  tout   à  moi.”  Jean, 3,14 et 12,32.

Certes, certains pourraient remarquer … et regretter ? que n’y figure point le corps du crucifié; cependant, son absence n’affecte qu’une couche superficielle de la plasticité de l’oeuvre. Sa présence peut être devinée et même aperçue dans le support des bras ouverts, légèrement inclinés, formant un angle de 6° par rapport à la tige porteuse.

Le support ni plus ni moins stylisé les bras ouverts, renvoie au corps de Jésus de Nazareth sur la croix. Mais il est vrai que l’on peut regarder sans voir. cf. Matthieu 13,13 et Isaïe 6, 9-10.

La mort de Jésus est marquée par une nécessité absolue: il fallait que le Christ souffrit la Croix pour entrer dans sa gloire : tel est l’enseignement fondateur donné par le Ressuscité aux disciples d’Emmaüs, Luc 24, 25 et aux Apôtres 24, 44-48.

 Si la Passion de Jésus est bien présente dans la plasticité de la Croix de Jacques Dieudonné, comme une première étape du mystère, “du passage vers la vie”, la résurrection est suggérée davantage encore, au verso : le support des bras ouverts, est contrairement à sa position au recto, dans la parfaite continuité de la tige porteuse, comme pour en accentuer le sens: quand je serai élevé de terre, vainqueur, j’attirerai tout à moi. La mort est brisée … dans tout l’éclat du bronze doré !

Devant un tel modèle de croix, les textes issus de Vatican II sont susceptibles d’une lecture plus riche, par exemple, la Préface du Canon II de l’Eucharistie.

“Pour accomplir jusqu’au bout Ta volonté (celle du Père) et rassembler du milieu des hommes un peuple saint qui t’appartienne Il (Jésus) étendit les mains à l’heure de sa passion afin que soit brisée la mort et que la résurrection soit manifestée”.

 Devant un tel modèle, les Paroles sacramentelles, dites et reçues, confesseur et pénitent, peuvent avoir un accès plus soutenu aux fruits de la mort et de la résurrection du Fils bien aimé:

 *    la réconciliation du monde avec le Père : tout pécheur individuellement pardonné participe à la réconciliation fondatrice et universelle de tous les hommes, de tout homme, de n’importe quel homme.

*    L’envoi de l’Esprit Saint pour la rémission des péchés : le modèle proposé par Jacques Dieudonné peut en effet produire un double sens chez ceux qui se l’approprient, celui de l’offrande de l’élévation du Christ, en mouvement de la tige porteuse du bas vers le haut et celui de l’accueil du Saint-Esprit qui recrée chez le pénitent, l’homme initié au baptême.

 *   Par le ministère de l’Eglise : dans sa déclaration d’intentions, l’auteur parle de la présence de “calice”, “eucharistie” qu’il voulait faire naître de la matière.  Il a réussi.  Or l’eucharistie est le sommet et la source de toute vie chrétienne, de tout sacrement, confiée au ministère de l’Eglise, cf Luc 22,19 et 1 Corinthiens 11,24.

Un tel modèle de croix si suggestif du Mystère pascal dans sa plénitude : manifestation de la miséricorde du Père, réconciliation du monde avec lui, envoi de l’Esprit-Saint, ministère de l’Église a tout à fait sa place dans un espace de réconciliation.

                                                                  Robert  Beauvery – Prêtre +                                                                                                       Président de la Commission d’Art Sacré de Lyon


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